Chatouillement De L'Âme

Chevalet de bord de mes peintures et de mes émotions de la vie. Entre pinceau et écriture teintée de mes états d'âme au fil du temps qui s'écoule, sans que je puisse le retenir.

dimanche 29 janvier 2012

Un film, un regard, Parlez moi de vous...

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Billet dédié à l'Agnèsmasquée...

 Réalisé par Pierre Pinaud, le film raconte l'histoire d'une animatrice radio, célèbre par sa voix,  mais dont personne ne connaît le visage. La nuit,  à l'écoute des confidences  affectives de ses auditeurs, elle prodigue empathie, attention, conseil. Sa vie, consacrée entièrement à ces deux heures d'antenne, est le seul lien tissé avec les autres,. Son existence est vidée de toute relation, seul son chien est là, attentif, fidèle, complice.

Distante, glaciale, Karine Viard porte avec délicatesse ce personnage contradictoire. Ses phobies,  au contact de tout  univers autre que le sien, la protège de ses angoisses, autant qu'elles les nourrissent. Elle va s'approcher  de sa propre histoire, s'y confronter, tenter de s'y frayer une brèche, libératoire.

Le film raconte aussi la rencontre de deux mondes opposés. Karine Viard, bourgeoise coincée, se frotte au confort bordélique des gens de banlieue, modestes et généreux.

Les plans photos sont subtils, les couleurs s'accordent aux émotions, la caméra s'arrête sur des détails avec subtilité: un regard, un visage, une branche qui frémit, un parterre de feuilles mortes, un ciel de nuit, une poignée de porte ...

Karine Viard est l' "âme" de ce film, au côté de  Nicolas Duvauchelle, craquant, sexy...

parlez-moi-de-vous-5

Un joli film...

LN

en écoute le bonheur chantée par Berry, sur www.tanamo.over-blog.com

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samedi 28 janvier 2012

Concert en chapelle ...

Le saviez-vous, vous qui courez dans tous les sens, qui battez le pavé dans le froid en attendant que votre train arrive, vous les bretons impatients de retrouver l'air océanique, vous qui dormez au cliquetis des piécettes dans l'escarcelle, vous les poinçonneurs, les passants parisiens, sous les rails, sous la gare Montparnasse, une chapelle se niche, souterraine.

J'ai découvert ce lieu presque invisible de la rue , sans signe ostentatoire religieux , la chapelle Saint-Bernard. Je suis allée écouter Julien Faure, pianiste. Au répertoire: Chopin, Brahms, Schumann et Ravel.

 Julien Faure débute son parcours musical à cinq ans par l’étude du piano. Il prend une nouvelle trajectoire lorsqu’il découvre le rock six ans plus tard. En parallèle de sa scolarité de pianiste-concertiste au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris et de ses études d’harmonie - dont il a reçu le diplôme de premier prix d’harmonie à l’unanimité -, il commence dès l’adolescence à écrire et à chanter ses propres compositions, développant un univers sonore nourri des racines des Pixies, Beach Boys, Portishead ou encore Nirvana.

 Dans le silence, recueillis,  nous étions peu nombreux à se laisser transporter. En fermant les yeux, en cet instant magique, j'ai écrit dans l'air la suite de la série "Ainsi  soient-ils". Résonance créative...

Quand la musique des notes devient narration, l'histoire s'écrit dans les ondes aériennes.

Ravel_Gaspard_Ondine

 Ondine

" Ecoute ! - Ecoute ! - C'est moi, c'est Ondine qui
frôle de ces gouttes d'eau les losanges sonores de ta
fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ;
et voici, en robe de moire, la dame châtelaine qui
contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau lac endormi. 


"Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant,
chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais,
et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le
triangle du feu, de la terre et de l'air. 

" Ecoute ! - Ecoute ! - Mon père bat l'eau coassante
d'une branche d'aulne verte, et mes sœurs caressent de
leurs bras d'écume les fraîches îles d'herbes, de nénuphars et de glaïeuls,
ou se moquent du saule caduc et
barbu qui pêche à la ligne ! "

Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son
anneau à mon doigt pour être l'époux d'une Ondine, et
de visiter avec elle son palais pour être le roi des lacs.
Et comme je lui répondais que j'aimais une mortelle,

boudeuse et dépitée, elle pleura quelques larmes, poussa
un éclat de rire, et s'évanouit en giboulées qui ruisselèrent
blanches le long de mes vitraux bleus.

 

Aloysius BERTRAND (1807-1841)

(Recueil : Gaspard de la nuit)

 

Une sirène enchanteresse veille ...

LN

A écouter Ondine de Maurice Ravel...ou retrouvez ce billet mais sonore sur www. tanamo.over-blog.com

 

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mercredi 25 janvier 2012

Le Procope des Lumières ...

le_procope_vertAfin de renouer avec les querelles d'idées des philosophes des Lumières, le Procope, le plus ancien café littéraire de Paris, a organisé, en partenariat avec la revue Philosophie Magazine, un débat rencontre sur le thème provocateur: "Les marchés sont-ils bêtes et méchants? " avec Valérie Charolles, philosophe , économiste et Paul Jorion, anthropologue, économiste.

Dans un des salons du Procope, les intervenants ont débattu sur la crise de la raison économique et financière. Cet espace de pensée, ouvert à tous, nourrit une réflexion éclairée par des penseurs connus, reconnus, sans dogmatisme, partageant  plus que des réponses, leurs interrogations et leurs  perspectives de sorties de crise.

Les marchés se conçoivent comme des lieux où la rationalité serait à l'oeuvre, comme l' incarnation d'une rationalité maximale. Valérie Charolles démonte  l'utopie de l'agent économique rationnel et  l'immortalité du système capitalisme en identifiant précisément les éléments irrationnels du marché,  intrinsèques à son  propre fonctionnement.  Le système, le cadre conceptuel du marché financier  porte en lui les germes de ses limites. Elle rappelle le fondement de l'économie, une activité humaine dont on peut remodeler les règles. Elle  interroge la place  du travail aujourd'hui, ramené à une sphère d'ajustement. L'économie libérale gravite autour de la finance et du Capital, alors que le travail est la contribution indispensable à la production.  Or aujourd'hui le travail est envisagé comme une perte, une charge, ayant perdue sa valeur positive. L'économie est soumise aux lois du marché , alors qu'elle devrait être au profit de l'individu, des échanges pour le bien général. Le politique doit retrouver le sens de l'économie au bénéfice de l'intérêt général. 

Paul Jorion a retracé les fondements de la pensée économique, Adam Smith, Karl Marx jusqu'aux crises du 20ème, celle de 1929, celle de 2008, celle  d'aujourd'hui. Les marchés sont dans des impasses et pour tenter d'en sortir ont des exigences contradictoires . Pour sortir de la crise, les deux experts envisagent l'unique porte de sortie, le changement du cadre conceptuel, un changement profond du paradigme de la pensée économique. La critique des canons théoriques du marché auto-régulé devient une conviction, comme une évidence, pour  l'ensemble des économistes,  quelque soient leurs orientations politiques. Mais la sphère politique s'assujettit au marché, considérant la toute puissance de la finance comme  une vérité incontournable, un allant de soi, immuable. 

L'intervenante propose de travailler sur l'idée que toute vérité est construite par rapport à un cadre de référence, l'auteur faisant le parallèle avec la révolution copernicienne. Les cadres de référence peuvent évoluer et le politique sert à cela, une adaptation aux mutations terrestres. La salle a réclamé des idées force, pour  réhabiliter "la souveraineté populaire" que les citoyens  puissent retrouver un acte-pouvoir, pour contribuer au changement radical d'un système. Question naïve ou désespérée, d'impuissance ...

Des éléments techniques m'ont échappé mais participer à cet échange ouvert, d'une pensée créatrice m'a procuré un apaisement face au cafouillage médiatique sur la complexité des enjeux sociaux , ramené à des discours de candidats présidentiels médiocres ... 

Un cocktail savoureux, champagne et sirop de cerise, accompagné d'amuse-gueule m'a permis d'aller interpeller Paul Joinon sur son blog. J'avais la connaissance de son blog, dont les lecteurs rémunéraient son travail de publication et de recherche. J'étais curieuse de comprendre comment il avait eu cette idée d'un blog rétribué par ses lecteurs ,alors même que la culture internet se base sur l'accessibilité gratuite, pour le plus grand nombre, pour exemple la promotion de produits culturels (musique, spectacle...) .

Au moment de la crise de 2008, Paul Jorion se voit licencié par une grande firme américaine et  rentre en France. Il poursuit son blog et se met en recherche d'un poste, qu'il ne trouve pas, malgré sa reconnaissance. Il prévient alors ses lecteurs qu'il va fermer son blog et se consacrer à la recherche d'une activité rémunérée. Plusieurs de ses lecteurs proposent alors de lancer une contribution aux lecteurs, un salaire minimum,  pour qu'il puisse poursuivre ses recherches et  les transmettre en direct au profit des lecteurs, sorte de mécénat citoyen. Il me précise que les contributeurs représentent 1 pour 1000 lecteurs et que chaque mois environ  4000 internautes visitent son  site. Sollicités par plusieurs candidats présidentiels, comme expert économique, il a répondu favorablement mais s'est fait prendre la place par des "apparatchiks " .

Luttons contre la pensée unique, la contradiction est la source du changement, lui même source du vivant...

Pour en savoir plus sur les rendez-vous culturels du Procope :www. procope.com. Prochain rendez-vous, Mardi 31 Janvier de 20h à 22H "Présidentielles 2012: Élection politique ou démarche de consommateur averti ou comment bien choisir le prochain président. "Un dîner citoyen ...

Aux urnes citoyens, dans quelques mois...

LN

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mardi 24 janvier 2012

Poésie du jour...

"De deux choses Lune, l'autre, le Soleil".

Jacques Prévert

 

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Journée de poésie, jouons avec les mots...

 LN

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dimanche 22 janvier 2012

Figure 3 - Ainsi soient-ils...

Un bruissement d’elles,  Jean- Etienne vacille.

 D’où lui vient cette élégance imprimée sur ses doigts effilés. Efféminées, ses mains semblent s’être protégées de leur fonction première, héritée de ses ancêtres,  l’art de la ferronnerie. Seul garçon de la famille, Jean-Etienne était promu à reprendre l’affaire familiale, une ferronnerie d’art  renommée par son savoir faire, sa créativité, pour des ornements  architecturaux uniques, ferronnier de père en fils. Les rythmes  de son enfance s’accordait au martèlement du fer, la tonalité de ses après-midi buissonnières ruisselait du rouge des braises du four. La devise promulguée par ses aïeux se résumait au  travail bien fait, suer à la tâche devant les fourneaux. Il avait ingurgité le mandat paternel comme un plat qui se mange froid. Il avait décidé de se faire tout seul. Il avait quitté définitivement  la ferronnerie, sans se retourner.

Comme chaque jour, il flâne dans les rues de Montpellier, après en avoir fini avec tous ces clients encombrants. De  longues jambes fines, halées descendent vers lui. Il s’arrête, adresse un sourire au visage profilé devant lui. Il ferre les femmes comme des proies. Une brisure de parfum le traverse. Les yeux fixés au sol, sa prise passe, indifférente. Cet affront le cisaille, une entaille suintant le déni de son existence. Il sait pourtant  que la rue n’est pas un territoire propice à la chasse.  S’aborder dans la rue, à ciel ouvert, sans limites, point de cadre  pour s’installer, chacun en mouvement vers son propre ailleurs, échec et mat à chaque coup. Le décor anonyme prête à la confusion des styles. Ambivalence, on s’attire, on se dérange, on s’évite…

Les terrasses de la place de la comédie, son terrain favori, l’accueillent comme un habitué. Assis, seul, tranquillement, il commande une Suze glacée. L’été indien de septembre  permet encore de rester dehors. Les jambes des filles toujours nues, exhibent les empreintes du soleil d’été,  et leurs simples courbes accentuent son désir.  Il les dévisage, les met à nu, les trie, les départage. Très discrètement, d’un regard en biais, par en dessous, ou légèrement déplacé à l’horizon.

Entouré de femmes depuis son plus jeune âge, il les méprise  tout en vouant  une dévotion à l’esthétique du corps féminin dont il a depuis longtemps détaillé les coutures et façonné ses préférences. Un corps longiligne,  des jambes fines mais galbées, une poitrine généreuse et ferme, une taille accueillante, charnue mais sans aucune parcelle de graisse apparente.  Le mannequin n’est pas  son modèle absolu. Trop maigre, trop soumise à la froideur plastifiée des magazines, comprimée dans des vêtements excentriques.  Il les veut  sensuelles, susceptibles de se laisser prendre aux excès de jouissances libertines.

Sa dernière conquête remonte à plusieurs mois. Pour la première fois, c’est la femme qui a rompu leur pacte implicite. Partie sans ciller, elle  l’a abandonné, l’a  laissé choir. Depuis, chaque matin, devant sa glace grossissante, il doute.  A y regarder de près, il accuse mal la quarantaine. Ses cheveux bouclés sont moins épais, son joli teint halé ne cache plus les ridules ondulantes  sur ses tempes et  les sillons sur son front. Ses pommettes deviennent  moins saillantes. Scrutant les détails visuels de son épiderme distendu, il vacille  dans les interrogations de son existence. Tentant en vain de taire toute pensée sur le sens de  sa Vie, une question lancinante s’impose à lui, de plus en plus souvent et à n’importe quel moment. Cette interrogation obsédante le déstabilise. « Qu’ai-je bien pu faire de mon existence ? Quelles sont ces vagues sur lesquelles j’ai brisé tout ce temps ? Quelle est la bonne direction… ». Il s’évertue à garder le contrôle de lui même. Il a appris cela fort bien, durant  sa formation de commercial. Gérer les conflits, gérer ses affects. Ses collègues viennent le chercher en urgence, dépassés par des remontrances et des plaintes. Parfait dans ce rôle, les client les plus  agressifs, avec lui, s’apaisent, renoncent à leur vindicte.

 L’univers de son enfance, ses sœurs, sa mère et sa grand –mère doivent y être pour quelque chose. Toutes ces cancaneries de filles, ces pleureuses lancinant des psaumes de jérémiades, l’ont toujours laissé de marbre. Son bouclier a comme armoirie  son faux sourire, esthétique, imperturbable,  désarmant.

Depuis son jeune âge, devant la glace de la salle de bains, parmi tous les flacons et pots de crème, il s’est entrainé. Des heures durant il a répété ces mimiques et pantomimes. Il s’est construit un répertoire d’expressions, un grimaçophone, son secret, partagé avec son seul confident, connu de lui seul. Il s’agit de  son frère, mort bien avant qu’il puisse s’en souvenir, il avait à peine deux ans. Toute sa  confiance s’incarne auprès de ce  cher  disparu. Ce personnage,  pour lui imaginaire,  lui ouvre tout espoir.  Chaque semaine, sa flânerie le mène au cimetière des blanches. Assis sur une pierre en forme de siège, fossilisée devant la pierre tombale, calée dans la terre,   il reste à soliloquer, sans que personne ne le voit, ni le soupçonne.

 Depuis presque une  année, un flottement intérieur émousse son assurance et  sa désinvolture.  La première fois qu’il s’en rendit  compte fut la soirée ennuyeuse, à l’occasion  de l’anniversaire de sa sœur ainée. Dès qu’elle l’eut considéré comme un homme, elle prit soin de lui trouver des nouvelles conquêtes affriolantes,  « …pour une aventure sexuelle, uniquement. », lui avait il précisé. Elles a à charge de prévenir les prétendantes. Toujours reparti accompagné de l’une d’entre elles, parfois celle qui n’était pas l’élue présumée, ce soir là, il avait dû se résigner à vibrer seul.

Son approche méthodique, calculée, lui a toujours valu un succès absolu. Il orchestrait sa mélodie toujours sur la même gamme. Opérant son premier octave, un  sourire franc affiché, il entamait un phrasé d’une  attention soutenue dans les premiers échanges, pour enchainer sur le rythme percutant des questions. Sa figure de style consistait à  retenir les informations dont il allait se servir pour piéger sa captive.   Chef d’orchestre de la sérénade, il ne parle pas de lui, il s’invente une existence rassurante : marié ou  divorcé sans histoire, toujours dans de très bons rapports avec son ex, père d’un enfant « adorable » qui compte beaucoup pour lui.   La parentalité est une des notes clefs pour les amadouer.  Être père d’un seul enfant rassure les femmes et suppose qu’il pourrait accepter d’en avoir un second. Les femmes, même dans une relation furtive, doivent pouvoir croire que l’amour circulera bientôt, que tout est possible. Il sait nourrir leurs fantasmes romantiques ou d’amour, pour mieux les assujettir, qu’elles finissent par se  soumettre à son désir, qu’elles  se laissent  aller  à transgresser leur habitudes, à dépasser leur honte pour s’abandonner à des ébats sirupeux, pimentés, jusque là impensables pour elles. Garçonnet, en spectateur clandestin, il a participé aux confidences de la gente féminine familiale.  Baigné dans ce halo de doutes, de stratégies féminines, de rivalités, jalousies entre elles,  il a vite compris les enjeux d’un baiser pour la femme, et surtout du premier.

 -  Bonjour,  Jean-Etienne!

 - …………..

- Euh, tu ne te souviens pas ? Lycée Camille Claudel…C’est vrai j’ai changé… à mobilité réduite.

- AH ! désolé …j’étais dans mes pensées. Si, si bien sûr que je te reconnais, Charlène 2de 4. Les décennies nous ont rattrapé...

- Tu permets que je prenne un café

- Avec plaisir….

 Jean-Emmanuel et Charlène, les tourtereaux de la Seconde 4. Les inséparables se sont séparés un 21 décembre de l’année de leur terminale. Emmitouflés dans leurs passions fanées, enfouis dans une avalanche de reproches, de déceptions, la nouvelle année avait dessiné sur l’écran de leurs 18 ans une aventure affective, d’une tonalité devenue fade.

Il remontait la pellicule de ses années lycée, un très beau film, têtes d’affiches excellentes. Qu’en est-il resté ? Sa difficulté à s’enticher, s’amarrer, s’attacher à l’autre. Elle ne l’avait ni trahi, ni trompé, elle avait du écrire, seule, la fin du chapitre de leur histoire. Il aurait voulu dire…il s’était tu, son grimaçophone éteint.

 -         Mais je  te dérange peut être. Tu attends quelqu’un…

-         Non, non pas du tout, je suis surpris, c’est tout.

Machinalement il commande sa deuxième Suze, le regard perdu. Il n’arrive pas à jouer son rôle, il n’est tout simplement plus là.

-      De toute façon je dois y aller. Une autre fois peut être… Je passe tous les jours par ici. Sur les pavés, ça roule …

D’un geste rapide elle actionna le bouton électrique, fit tourner son fauteuil. Elle était restée très séduisante.

Il partit sans finir sa Suze et prit le chemin du cimetière des blanches. Il vacilla sur la ligne fragile de sa ligne d’horizon fracturée...

LN

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vendredi 20 janvier 2012

A l'aube du week end, une phrase...

Il n'y a pas de fin. Il n'y a pas de début. Il n'y a que la passion infinie de la vie.

Frederico Fellini

Lesclingand

 link

Bonne journée

LN

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dimanche 15 janvier 2012

Ode aux nuits d'amour...

Je vous offre cet extrait du Livre de Wajdi Mouawad, Les mains d'Edwige au moment de la naissance, comme l'écho de toutes nos nuits d'amour. Ces instants d'éclatement micro-cosmique enivrent nos existences, dans une spirale en suspension...

 "- Esther : « Nuit d’amour folle. Un délire, un bonheur. Les étoiles. Un champ. Je ne me souviens de rien. Son visage. Il était là. Il me  regardait. Je me souviens du croissant de lune. Je me souviens de ce qui me brûlait. Je le regardais. Le vent. Un délire. Il y avait Esther qui disait à Esther : «  mais embrasse-le, embrasse-le, prends-lui la main, pose ta main sur son visage », mais je ne faisais rien et cela me brûlait, je me consumais. Nuit d’amour folle au milieu de la vie. La nuit était sur nos épaules. La mer dans nos souvenirs. Il était là. J’étais là. On se regardait. Je ne me souviens de rien. Son visage qui se rapprochait du mien, le mien du sien, mais on ne bougeait pas. Nos fantômes enivrés de désir, enivrés d’envie, nos fantômes n’en pouvaient plus l’un de l’autre et nos fantômes nous poussaient l’un vers l’autre ; puis la nuit entre mes lèvres et la lune sur ses dents et mes lèvres sur ses dents, sa main dans la mienne et la nuit qui applaudissait. Je ne me souviens de rien. De rien. Lèvres à lèvres nous volions sans doute car nous n’avons laissé aucune trace. Une porte. Un lit. La douceur alors de ses mains, de mes mains, de son dos. J’étais partout autour de lui, il était partout autour de moi, il était la nuit j’étais la lune et la nuit a envahi la lune. Il était là, j’étais là et puis l’amour, Edwige, l’amour, la perte du temps, la perte du corps, des milliards d’étoiles qui tournent et éclatent autour de nous. L’univers qui se refaisait dans mon corps, dans mon cœur jusqu’à mon âme, c’était un lion sorti de la mer la crinière en écume, c’étaient des éclairs dans le ciel de mon cerveau, comme une planète en flammes qui s’éteint et puis qui s’enflamme et qui s’éteint et qui s’enflamme et qui s’éteint et qui s’enflamme à chaque mouvement, chaque voyage, chaque envol, c’est un arbre qui explose, un soleil qui s’éparpille, et c’est une joie qui éclate, se déchaine, se déchire, éclate de nouveau, augmente, monte, grimpe, s’accroche à tes parois les plus secrètes, les plus infimes, chaque partie de ton âme et de ton corps se trouve visité par la joie, et tout cela augmente, s’accentue, se précise, s’ajoute, s’additionne mais cela ne se calcule plus, ne se compte plus, ne se mesure plus, ne se contrôle plus, alors c’est l’inondation, un cri dans cette trop grande nuit, le lion rugit et d’un bond va décrocher le soleil et c’est encore un cri, , un cri, la joie qui inonde ma bouche et mon cri, mon cri, mon cri…La lune qui devient pleine et la nuit qui se repose. La mer au loin. Le vent toujours. La fenêtre. La vie. Lui. Moi. Puis plus rien. Le silence. Le calme. Le sommeil. Le rêve. Mes rêves. »

- Esther : «  Il m’aimait si fort, ma sœur, il m’aimait à la folie, il m’aimait jusqu’au bonheur, jusqu’à la grâce. Imagine un instant un train qui vient vers toi, Edwige, imagine le carnage et la fureur en course monstrueuse vers toi, course de métal et d’acier, imagine l’enfer qui approche de toi…il m’aimait comme ça. Penses-tu, Edwige, que devant un pareil amour on puise prendre le temps de réfléchir ? Non. On n’a pas le temps de penser, pas le temps de rien. Devant ces amours-là on ferme sa gueule, tu m’entends, Edwige, on ferme sa grande gueule, sa grosse gueule, on ferme sa gueule et soit on se laisse emporter, entrainer par cette fureur, écraser, aplatir, éclater en une seconde, soit on recule, on s’échappe, on fuit par peur, et moi, Edwige, moi, j’ai reculé devant la fureur de son amour. J’ai foutu le camp et j’ai passé, à côté de ma vie. »

 Esther : «  Une lumière son visage à lui ; une lumière malgré lui. Il me parlait de la lumière toujours. Je l’aime. Il m’a appris à regarder le ciel. Peu de gens vous apprennent ces choses-là. Il me prenait la tête et me disait en indiquant un nuage, regarde, Esther, regarde la lumière…c’est la lumière qui compte… la façon qu’elle a de tracer des lignes, comme ça, en plein air ; un ballet incroyable ! il m’a appris à regarder la lumière à travers une forêt, un buisson pour y voir un vitrail impressionnant et toute cette lumière que lui-même avait passé son enfance à boire lui avait sculpté le visage ; il avait le visage de l’inutile. »

 Folles nuits de douceur, à suivre...

LN

Ben

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mardi 10 janvier 2012

Un film, un regard, Le Havre...

le_havre_aff_vert
Film d'Aki Kaurismäki, certaines critiques le qualifient de conte, de fable moderne. Marcel Marx, cireur de chaussures, mène une vie simple, dans le triangle constitué par le bistrot du coin, son travail et sa femme Arletty. Le destin met brusquement sur son chemin un enfant immigré originaire d'Afrique noire, alors que sa femme est brusquement hospitalisée.

P1000803_horzLa façon de filmer donne des images adoucies par une lumière uniforme, brumeuse. Les petites maisons, cabanes précaires deviennent cosys, des havres de paix et de repos. Sur d'anciennes cartes postales, colorisées, collées sur le décor d'aujourd'hui, le climat oscille entre une atmosphère rassurante de générosité, de solidarité, de bienveillance et un climat de tensions, de  brutalité moderne où l'hospitalité, l'humanité peut être subversive. Reflet de notre monde paradoxal, les personnages vivent dans une marginalité active,  posture politique. Toujours très dignes, créatifs, unis face à l'adversité, l'humanité de chacun triomphe, sans morale, sans sensiblerie. 

Parfois surréalistes, les dialogues ont des touches de poésie, "l'argent circule, crépuscule...".

Un film optimiste, une ode à la liberté...Un film engagé, qui croit en l'humanité, donne la pêche, fait du bien.

Bon film

LN

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lundi 9 janvier 2012

Au fil de JR 28 MM...

montage

JR, jeune  photographe français, habille les murs, les façades, le béton, la pierre, de portraits  monumentaux. Il est actuellement sur les cimaises d'une galerie parisienne, la galerie  Perrotin 76 rue de Turenne, Paris 3ème. Très bel endroit, le perron nous accueille, le péristyle, pour l'occasion, s'est paré d'un éclat, clin d'oeil.  28MM est la focale, grand angle utilisé par le photographe,  pour capturer les portraits de gens,. En sortant de l'anonymat, ils sont invités à décliner leur identité, en direct, par l'ombre portée de leur regard sur le monde, le leur, le nôtre. En leur restituant une place affirmée dans la Cité, qu'ils contribuent à faire exister, cité, quartier,  favelas, trains, murs de la ville, JR humanise l'urbanité, rompt avec la foule anonyme, ravive le "vivre ensemble", ici où là bas, tout près ou très loin de nous. Il écrit: "Je l'ai choisi [le 28mm]pour réaliser des portraits de très près, pour sentir le souffle de ceux que je vais coller en grand format, pour que la proximité  physique transforme la prise de vue en une danse avec mes sujets."

Des favelas de Rio de Janeiro aux bidonvilles du Kenya, sur le mur Israel/Palestine   ou qu'il s'agisse des banlieues de Clichy-sous-bois, Montfermeil, les regards sont là, les yeux ralentissent nos  pas. Arrêt sur images de nos vies, de la marche du Monde.  "Tout est là..." Ils attirent notre attention, nous interpellent, nous interrogent. Ils nous voient, nous, spectateurs, devenus les anonymes, non identifiés. Ancrés dans leur histoire, sur leur territoire, le temps d'un affichage géant sur les murs de leur ville, connus, reconnus, leur empreinte dans les yeux des passants, figure l'altérité, le temps que  l'érosion climatique laisse place à la paroi nue, en attendant d'autres traces, photos, graffitis, encoches géologiques, signes indicibles, illisibles. 

favellas

 

Je suis allée deux fois à cette exposition, fascinée par cette démarche, que je ressens comme généreuse. Ranimer la subjectivation, la place singulière  de chacun, arrimé à l'ancre du port de leur quotidienneté, entremêlée de peines, de joies, de souvenirs, d'émotions, de gestes de tous les jours. Lors de cette exposition, un film étonnant, touchant,  déroule le travail collectif de ceux qui posent, qui témoignent, ceux qui collent  et décollent. Parfois dans des zones de non droit , à la limite de la légalité, dérivant sur les murs de pierre des ponts parisiens, sur les wagons des trains, sur les bâtiments industriels...la ville sourit, fait des clins d'oeil, nous dévisage , arbore un air grave, fier, ou hilarant , parfois un seul oeil...

reagrds

 

Autre projet de JR, The Wrinkles of the city, à Shangai ou à LA. ,  des  habitants. racontent leurs rides comme sillons de la mémoire de leur vie.

 

Projet à suivre Insideout, nous étions invités à se faire photographier en NB, un portrait photomaton, imprimé sur une affiche grand format, à coller sur nos murs-mures. Quelque part dans la ville, mon regard vous accompagne...

 

 
JR - EXTRAIT "WOMEN ARE HEROES", Kibera, Kenya

LN

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mercredi 4 janvier 2012

Un film, un regard, Louise Wimmer...

Louise_Wimmer

En avant-première, je suis allée voir Louise Wimmer, premier long métrage de fiction de Cyril  Mennegun. Déjà encensé par les critiques, le film est porté par l'actrice Corinne Masiero. Je l'avais remarquée dans  une série de quatre téléfilms, réalisés par Josée Dayan, adaptés des policiers de Fred Vargas. Corinne Masiero campait le personnage d'une femme lieutenant, grande, moche, rustre, à l'intuition aiguisée, économe de mots, quelques phrases sans concession, jetées à la figure de ses collègues. Impressionnante, furtive, mais d'une présence impitoyable.

Dans Louise Wimmer, l'actrice se révèle, sans discours, sans excès. Elle joue le personnage d'une  femme de 50 ans , femme de ménage, qui dans l'attente désespérée d'un logement, vit, dort dans sa voiture. Sans sensiblerie, sans résignation, sans message larmoyant, le film nous parle des pics d'espoir, de courage mais aussi des creux du soir, remplis de larmes, de cris étouffés, de rage pour survivre. Digne, affirmant sa volonté d'affronter sa vie, elle ne cède pas à la pitié des uns et des autres.

La voix éraillée de Nina Simone, se ule présence dans cette voiture, accompagne Louise, l'égare, la réveille, l'agace, la submerge. Comme un  miroir, cette musique intérieure la renvoie à sa force, son  énergie. 

La solidarité est un élément important du film qui contient,  soutient Louise, l'empêche de  sombrer totalement. Incarnée par les gens du quartier, la solidarité émane aussi de Louise elle même, avec sa jeune collègue.  

Dans cette chronique sociale, apparaissent deux figures d'assistantes sociales: l'une, "ancienne", semble saturée, sous un vernis moralisateur. La seconde, qui démarre dans le métier, fraîche, résonne à la dignité de Louise,  sans poser de questions...Ces deux professionnelles représentent  les deux extrêmes du curseur de l'aide sociale, dans une vision  réductrice. 

Les critiques font un parallèle avec le film "Une vie meilleure" de Cédric  Kahn, avec Guillaume Canet, Leila Bekhti,  qui sort également aujourd'hui. Il s'agit du récit d'une chute , d'une ambition brisée, où la survie devient la règle pour le couple, l'enfant.

Actuellement au cinéma les chroniques sociales font la une...

LN

 

 



 

 

Posté par tanamo à 14:10 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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